Yémen: le régime commet un massacre contre les manifestants à Sanaa
Les violences les plus meurtrières au Yémen depuis le début de la contestation du régime ont fait 46 morts à Sanaa lorsque des milliers de manifestants se sont retrouvés pris dans un piège mortel, coincés entre les maisons d'une rue de Sanaa sous une grêle de balles de tireurs embusqués.
Les tirs sont venus des toits d'habitations proches de la place de l'Université, où se tient depuis le 21 février un sit-in contre le régime, selon le correspondant de l'AFP, qui a vu un adolescent de 14 ans, touché d'une balle à la tête, s'effondrer mort devant lui.
Les tirs ont commencé lorsque les manifestants ont voulu démanteler une barricade érigée par les partisans du régime pour bloquer l'une des rues menant à la place de l'Université. La fusillade a duré plus d'une heure et demie. Des manifestants ont réussi à localiser des tireurs. La vengeance a alors été immédiate. Une fois neutralisé, un tireur a été jeté dans le vide, selon le correspondant de l'AFP. Selon ce correspondant, la police a également lancé des grenades lacrymogènes sur les manifestants et a également tiré à balles réelles. « On manifeste pacifiquement et ils nous tirent dessus ! criait Ahmad, 25 ans, un manifestant blessé. Je ne partirai pas de cette place jusqu'au départ du président (Ali Abdallah Saleh), même si je dois être tué. »
Instauration de l'état d'urgence
Dans l'hôpital de fortune monté sur la place de l'Université, le docteur Wassim al-Qerchi, les mains maculées de sang, a expliqué à l'AFP : « Nous n'arrivons pas à traiter les blessés tellement leur nombre est élevé. Nous manquons de médicaments et de matériel médical. Nous évacuons les blessés sur les hôpitaux privés, car nous n'avons pas confiance dans les hôpitaux du gouvernement. » Selon les sources médicales, plus de 400 personnes ont été blessées.
Amnesty International a demandé aux autorités yéménites de « déférer en justice les tireurs embusqués qui ont tué des manifestants », affirmant que l'attaque semblait « coordonnée ». Dans le même temps, « les forces de sécurité ont tiré de façon délibérée pour tuer les protestataires depuis des points stratégiques », a déclaré Philip Luther, directeur adjoint d'Amnesty International pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord.
Les victimes de cette tuerie, sans précédent depuis les violences civiles de 1994 dans ce pays pauvre de 24 millions d'habitants, portent à plus de 80 le bilan des morts depuis le début du mouvement appelant au départ du président Saleh.
« Je regrette » ces morts, que « nous considérons comme des martyrs de la démocratie », a déclaré aux journalistes le président Ali Abdallah Saleh après cette explosion de violence. Il a néanmoins annoncé l'instauration de l'état d'urgence dans le pays pour une période de 30 jours. Le président a également demandé aux protestataires « de choisir un autre lieu, éloigné des quartiers résidentiels, s'ils veulent poursuivre leur sit-in ».
L'opposition qui exige le départ de M. Saleh, au pouvoir depuis 32 ans, a qualifié les incidents de « massacre ». « Cette tuerie ne va pas contribuer à maintenir Ali Abdallah Saleh au pouvoir », a affirmé, dans une déclaration à la chaîne al-Arabiya, le porte-parole de l'opposition parlementaire, Mohammad al-Sabri. En signe de protestation contre « l'usage injustifié de la force », le ministre du Tourisme, Nabil al-Faqih, a annoncé hier soir sa démission.
À Washington, le président Barack Obama s'est prononcé pour « un changement politique qui réponde aux aspirations des Yéménites ». « Je condamne fermement les violences qui se sont produites aujourd'hui au Yémen », a déclaré M. Obama dans un communiqué, et il a appelé « le président Saleh à tenir sa promesse d'autoriser les manifestations à se dérouler pacifiquement ». Les États-Unis considèrent toujours M. Saleh comme un allié dans leur lutte contre les émules d'Oussama Ben Laden dans la péninsule Arabique, qui menacent la sécurité du grand voisin du Yémen, l'Arabie saoudite.
(Source : AFP)
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