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Lavrov veut une Europe indépendante, s’exprime sur les relations franco-russes

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Lors d'un entretien exclusif avec trois médias français dont RT France, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a livré sa vision du dialogue franco-russe et son avis de ce que vit l’Europe à cette époque et ce qu’elle doit être.

Premier aspect du dialogue franco-russe abordé par le ministre des Affaires étrangères : la Syrie. «Nous avons des échanges bilatéraux, au niveau des ministères des Affaires étrangères, des conseillers diplomatiques des présidents, et nous soutenons ce canal de communication qui est assez utile et qui permet l’échange d’informations, de mieux nous comprendre», s'est félicité Sergueï Lavrov à propos du dossier syrien et des échanges qu'entretiennent à son sujet Paris et Moscou. Rappelant la récente initiative humanitaire dans la Ghouta orientale de Vladimir Poutine et Emmanuel Macron, il s'est montré plutôt optimiste : «Il s’agit d’initiative isolée mais nous sommes prêts à des choses plus actives.»

Pas question toutefois pour le chef de la diplomatie russe de minimiser les différends qui opposent la Russie et la France sur le dossier syrien. «En ce qui concerne la Syrie, il existe ici certainement beaucoup plus de points de convergence dans le traitement de cette crise, pas seulement entre la France et les Etats-Unis, mais disons entre l’Europe et les Etats-Unis», a -t-il expliqué. «On voit agir le groupe fondé à l’initiative du président Macron et intitulé Groupe restreint sur la Syrie [qui] agit sur la base de positions que nous ne partageons pas et qui sont très proches de celles de Washington», a-t-il regretté, évoquant la question du changement de régime en Syrie, leitmotiv de la diplomatie occidentale depuis plusieurs années mais qui «ne s’inscrit pas dans la résolution 2254 de l’ONU», comme l'a souligné Sergueï Lavrov.

Au sujet de l’Ukraine, Sergueï Lavrov a rappelé : «Nous avons des relations très étroites avec la France dans le cadre du règlement de la crise ukrainienne s’agissant de la stricte application des accords de Minsk, qui sont le fruit du travail en commun des dirigeants russe, français, allemand et ukrainien».

Cette coopération privilégiée à laquelle Moscou, selon le chef de la diplomatie russe, reste très attaché, passe notamment par le fameux format Normandie. «Dans le cadre de ce format, nous avons une coopération assez étroite, bien qu’il n’y ait pas eu de sommet depuis longtemps, depuis déjà deux ans», a-t-il estimé, avant d'ajouter : «Néanmoins, experts et ministres coopèrent au sein de ce format, y compris la Russie et la France, et il me semble que nous nous comprenons mieux désormais.»

Et d’ajouter : «Nous avons avec la France beaucoup d’autres formes de coopération», a encore souligné Sergueï Lavrov. Il a ainsi rappelé que, peu après son élection, Emmanuel Macron avait invité Vladimir Poutine à Versailles. «A l’issue de cet entretien l’intérêt de normaliser et de développer les relations a été confirmé, et un accord a été conclu pour la création du dialogue de Trianon», a-t-il souligné.

Qualifiant ce cadre d'échanges de «très important», il a estimé qu'il permettait «à la société civile, aux associations, aux ONG, aux scientifiques, aux politologues d’échanger régulièrement». «Il fonctionne déjà, beaucoup de rencontres sont organisées et, autant que je sache, il connaît un grand succès auprès des milieux de la société civile en Russie et en France», a-t-il assuré.

«J’espère que tous les problèmes qui demeurent à l’ordre du jour – dans les relations bilatérales et multilatérales – ils existent et ils sont complexes – pourront être résolus si telle est la volonté de nos deux présidents, et une telle volonté existe», a-t-il encore déclaré.

Moscou veut une Europe forte et indépendante

Selon le ministre des Affaires étrangères, Moscou recherche une relation stable et respectueuse. Une relation qui nécessite selon lui «une Europe unie, forte, prévisible, une Europe qui décide elle-même de son avenir, qui désigne elle-même ses partenaires et prend des décisions sur ses actions vis-à-vis des autres partenaires». Or, pour l'heure, a-t-il déploré, «l’Europe ne donne pas l’impression d’être autonome».

«Peut-être que les leaders européens s’en rendent compte et, par conséquent, cherchent à discuter de cette situation et à comprendre quelle est la place de l’Europe dans le monde contemporain. Surtout quand le centre de développement économique se déplace désormais vers les régions d’Asie et du Pacifique», a-t-il poursuivi sur un ton plus optimiste.

Autre facteur d'espoir selon Sergueï Lavrov : le Brexit. «Je pense que la politique de l’Union européenne à l’égard de la Russie ne sera pas toujours largement – et parfois même essentiellement– déterminée par l’Etat qui quitte l’Union européenne», a-t-il expliqué, pointant du doigt le Royaume-Uni sans le citer.

D'autre part, le chef de la diplomatie russe a établi une distinction, dans la manière dont Moscou traite avec ses partenaires européens, entre Bruxelles et les Etats membres. «Nos relations avec les pays européens se rétablissent très vite. Je ne peux pas dire que c’est le cas de nos relations avec la Commission européenne, mais c’est ce qu’on observe dans les relations avec beaucoup de pays européens», a-t-il fait valoir.

«La Commission européenne, pour autant que je la comprenne, est prisonnière de ce que vous appelez "la solidarité", "le consensus'', quand un petit groupe de pays qui ne veulent pas avoir de bonnes relations avec la Russie forcent tous les autres à garder profil bas», a-t-il argumenté. «Mais je suis sûr que, grâce aux intérêts nationaux qui sont de plus en plus évidents dans le cadre de la discussion sur l’avenir de l’Union européenne, la réforme évoquée, y compris par le président Macron, reflètera le consensus d’une autre manière, où la minorité ne puisse plus bloquer les intérêts de la majorité, mais qu’ils trouvent un juste milieu», a-t-il néanmoins espéré.

Quant aux questions de sécurité, Sergueï Lavrov a là aussi dit vouloir «une UE forte et indépendante», notamment des Etats-Unis. «Il s’agit de notre continent commun, nous avons des frontières communes et on nous a promis beaucoup de choses quand nous avons retiré nos troupes d’Europe et quand l’OTAN s’est élargi», a-t-il noté, déplorant que la question de la sécurité de l'Europe soit traitée «dans les couloirs entre l'UE et l'Otan».

Source : RT et rédaction

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