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Liban: voilà pourquoi les Etats-Unis empêchent la formation d’un gouvernement!

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Par Samer R. Zoughaib

Le retard dans la formation d’un gouvernement au Liban est dû à des facteurs externes, imposés par les Etats-Unis.

Les milieux politiques et médiatiques du 14-Mars font assumer au président de la République Michel Aoun et au Courant patriotique libre (CPL) la responsabilité du retard dans la formation du gouvernement, lequel n’a toujours pas vu le jour trois mois après la désignation de Saad Hariri. Ils font diversion, en replaçant au centre du débat de prétendues tentatives de la part du camp présidentiel de remettre en cause les dispositions de l’accord de Taëf, concernant notamment les prérogatives du Premier ministre désigné. Ils accusent le chef de l’Etat et le président du CPL, Gebran Bassil, de vouloir imposer à Saad Hariri la configuration ministérielle, aussi bien au niveau des quotas de chaque parti que de la répartition des portefeuilles. D’une manière plus générale, le 14-Mars, recomposé par la magie saoudienne et américaine, affirme que les obstacles qui empêchent la formation d’un gouvernement sont d’ordre interne et ont trait aux appétits insatiables du président Aoun et du CPL.

Il n’en est rien. Certes, les facteurs internes, cristallisés dans les revendications des uns et des autres, existent et ont toujours existé à chaque échéance gouvernementale au Liban. Mais les obstacles qui retardent la naissance du Cabinet sont, aujourd’hui, plutôt de nature externe, liés aux rapports de force régionaux.

Ingérences américaines

Il n’échapperait pas à tout observateur averti que les deux pays où coexistent les influences des Etats-Unis et de l’Iran, c’est-à-dire l’Irak et le Liban, sont pratiquement confrontés au même problème: la difficulté à reconstituer le pouvoir exécutif au lendemain d’élections législatives. La raison fondamentale de ces blocages dans ces deux pays est similaire, même si des différences existent dans les circonstances et les détails. Les Etats-Unis veulent empêcher la constitution de pouvoir exécutif libérés de leur tutelle, au sein desquels leurs alliés ne disposeraient pas d’un pouvoir assez fort pour peser d’une manière décisive sur le processus de prise de décision.

Au Liban, par exemple, le principal problème est que le 14-Mars recomposé a perdu la majorité qu’il disposait à la Chambre depuis 2005. Les élections ont en effet dégagé une nouvelle majorité constituée du Hezbollah, du Mouvement Amal et de leurs alliés (PSNS, Marada, Ahbach, indépendants etc), communément appelé 8-Mars, et du CPL. Ces forces disposent au Parlement de 74 députés sur 128.

Le 14-Mars veut compenser la perte de la majorité à la Chambre par une part au gouvernement lui permettant non seulement d’opposer un véto mais aussi de prendre des décisions. Or une telle configuration ne répond pas à la volonté populaire qui s’est exprimée par les urnes et qui a donné une majorité à l’autre camp.

Voilà le cœur du problème! Et toutes les tentatives de diversion, maquillées par des discours grandiloquents sur le respect de l’accord de Taëf et des prérogatives du Premier ministre désigné ne doivent pas nous faire perdre de vue la réalité des enjeux.

Saad Hariri s’est vu imposé par l’Arabie saoudite de prendre en compte dans ses démarches pour la formation du gouvernement les exigences des Forces libanaises (FL) et du Parti socialiste progressiste (PSP) de Walid Joumblatt. Encore hanté par sa séquestration à Riyad, en novembre 2017, il n’a d’autres choix que d’obtempérer.

Dans cette affaire, les Saoudiens ne font que de la sous-traitance pour les Américains. Pour ces derniers, il est primordial que l’Iran ne puisse pas compter sur des gouvernements qui ne lui sont pas hostiles, au Liban et en Irak, à un moment où Washington accentue ses pressions politiques, diplomatiques et économiques, dans le cadre d’un bras de fer visant à isoler la République islamique sur la scène internationale après avoir «limé ses griffes» sur le plan régional.

A Idleb, la bataille décisive

Ce n’est pas uniquement l’Iran qui est visé mais l’ensemble de l’axe de la Résistance et son allié russe. Les pressions politiques exercées sur le Liban et l’Irak pour influencer le processus de recomposition des pouvoirs exécutifs dans ces deux pays ne peuvent être séparées des menaces et des intimidations lancées par les Etats-Unis et leurs alliés occidentaux (France en tête), pour dissuader l’armée syrienne de lancer l’assaut contre Idleb. La fébrilité de Washington se comprend vu que cette province abrite les derniers groupes extrémistes susceptibles encore d’être instrumentalisés en Syrie, où tous les autres leviers occidentaux ont été détruits ou neutralisés. 

Si cette offensive, présentée comme la bataille finale, avait lieu et se soldait par la victoire de l’armée syrienne et de ses alliés –ce qui ne fait aucun doute-, et que dans le même temps des gouvernements proches de l’Iran sont en place au Liban et en Irak, cela constituerait un grave revers pour les Etats-Unis. Car, après Idleb, Damas, tranquille et rassuré sur ses flancs est et ouest, envisagerait d’ouvrir le dossier de la présence de l’armée américaine en Syrie, qu’il qualifie de forces d’occupation. Privés de soutiens au Liban et en Irak, les Américains seront dans une position indéfendable dans l’est de la Syrie. Dans cette région, les prémices d’une résistance armée contre les troupes américaines apparaissent, et il n’en faut pas beaucoup pour qu’elle se développe et s’étende.

La formation du gouvernement au Liban et en Irak ainsi que la bataille d’Idleb sont donc interconnectées. Les vestiges du 14-Mars misent sur des changements externes dans l’espoir d’améliorer leurs positions internes. Mais une fois de plus, ils font de faux calculs. Car après la défaite des extrémistes à Idleb, ils seront contraints d’accepter une offre de partenariat encore moins avantageuse pour eux. Entendra qui voudra.

Source : French.alahednews

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