L’accord de Genève sur le nucléaire: une victoire pour l’Iran
Les réactions à l'accord intérimaire conclu dimanche à Genève entre l'Iran et le Groupe 5+1 (Etats-Unis, Russie, Chine, France, Grande-Bretagne et Allemagne) sur le programme nucléaire de la République islamique ne manqueront pas dans les jours qui viennent. Les ennemis de Téhéran, qui ne sont pas réputés pour leur objectivité et leur honnêteté, vont sans doute ressasser à longueur de journée des théories sur la «capitulation» de l'Iran devant les Etats-Unis et leurs alliés et «l'abandon de tous ses droits». Mais si tel était réellement le cas, pourquoi
«Israël» a-t-il dénoncé «une erreur historique, un mauvais accord qui offre exactement ce que l'Iran voulait: la levée significative des sanctions et le maintien d'une partie significative de son programme nucléaire»?
Pour une fois, «Israël» a raison. L'accord de Genève illustre l'échec de la politique du bâton brandie par Washington ces dix dernières années et marque la fin du rêve israélien de voir le projet nucléaire iranien définitivement stoppé. Car pour procéder à une évaluation pertinente des développements relatifs à ce dossier, il faut se souvenir des objectifs que s'étaient fixés les différents protagonistes et voir ce qu'ils ont réalisé au finish: dès le départ, l'Iran avait annoncé que son but était de maîtriser la technologie nucléaire à des fins civiles, conformément au droit international, stipulé dans le Traité de non-prolifération nucléaire. Téhéran avait assuré qu'il n'était pas intéressé par la bombe atomique, prohibée par une fatwa (décret religieux) du leader de la révolution, l'Ayatollah Ali Khamenei. «Israël», lui, exigeait le démantèlement du programme nucléaire iranien, de même que les Etats-Unis et certains pays occidentaux, sous prétexte que c'est le seul moyen d'empêcher l'Iran d'obtenir l'arme nucléaire.
Un bon accord pour l'Iran
Où se situe l'accord de Genève par rapport aux demandes des uns et des autres?
Les négociations marathon de Genève ont abouti à un accord intérimaire d'une durée de six mois qui consiste, grosso modo, à un ralentissement du programme nucléaire en échange d'une levée d'une grande partie des sanctions imposées à Téhéran. Il n'est nulle part question du démantèlement d'une seule installation nucléaire iranienne. D'ailleurs, le bureau du Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, relève à raison, dans un communiqué publié dimanche, que l'accord «laisse en place les centrifugeuses».
Concernant la question cruciale du droit à l'enrichissement, considéré comme une «ligne rouge par les Iraniens», les interprétations américaines et iraniennes divergent, ce qui est tout à fait naturel. Certes, l'accord ne mentionne pas explicitement le droit de l'Iran à enrichir l'uranium sur son territoire, mais il reconnaît ce droit indirectement lorsqu'il affirme que «l'Iran annonce qu'il n'enrichira pas d'uranium à plus de 5% pendant six mois». L'enrichissement de l'uranium en Iran est donc reconnu de facto par les pays occidentaux.
Autre point important, le stock d'uranium existant enrichi à 20%, que les Occidentaux souhaitaient voir sortir d'Iran. Il n'en sera rien. L'accord stipule que «l'Iran en retiendra la moitié en oxyde d'uranium pour fabriquer du combustible destiné au (réacteur de recherche civil iranien) TRR. Il diluera le (stock) restant à 20% d'UF6 (hexafluorure d'uranium: gaz qui alimente directement les centrifugeuses d'uranium) à moins de 5%.»
Le démantèlement des usines nucléaires de Fordo, Natanz et du réacteur à eau lourde d'Arak, exigé par «Israël» et plusieurs pays occidentaux, n'aura évidemment pas lieu. Cependant, les activités dans ces sites seront suspendues pendant la durée de l'accord intérimaire de six mois. Téhéran s'engage par ailleurs à renforcer sa coopération avec l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), en autorisant des inspections quotidiennes et non programmées.
En contrepartie, l'Iran a obtenu les points suivants:
- Suspension des efforts pour réduire davantage les ventes par l'Iran de pétrole brut, permettant aux clients actuels de l'Iran de continuer d'acheter en moyenne les mêmes volumes.
- Suspension des sanctions des Etats-Unis sur l'industrie automobile de l'Iran et sur les services qui y sont liés.
- Pas de nouvelles sanctions du Conseil de sécurité en rapport avec le nucléaire.
- Pas de nouvelles sanctions de l'Union européenne en rapport avec le nucléaire.
- L'administration américaine s'abstiendra de prendre des nouvelles sanctions en rapport avec le nucléaire.
- Etablissement d'un système de financement permettant le commerce humanitaire pour satisfaire les besoins de l'Iran.
- Suspension des sanctions de l'Union européenne et des Etats-Unis sur: l'or et les métaux précieux et les services qui y sont liés; les exportations pétrochimiques iraniennes et les services qui y sont liés.
Une évaluation objective de l'accord donne la conclusion suivante: le programme nucléaire iranien reste intact, mais son activité est ralentie, alors que le système des sanctions internationales, qui a nécessité des années d'efforts et de pressions occidentales, commence à se fissurer.
Des réactions positives
D'ailleurs, le commandement iranien et les alliés de Téhéran n'ont pas caché leur satisfaction. L'ayatollah Khamenei a ainsi salué l'accord, affirmant que «la grâce de Dieu, les prières et le soutien de la population sont sans doute la raison de ce succès. Il a ajouté qu'il fallait «toujours résister face aux demandes excessives» des autres pays.
Le président iranien Hassan Rohani a estimé quant à lui que «dans l'accord, le droit à
l'enrichissement d'uranium sur le sol iranien a été accepté et la structure des sanctions a commencé à se fissurer», tout en réaffirmant que «l'Iran n'a jamais cherché et ne cherchera jamais à fabriquer l'arme atomique».
Pour le président russe Vladimir Poutine, l'accord marque une «percée», mais seulement un «premier pas sur un chemin long et difficile».
Le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi a salué un accord qui va «aider à sauvegarder la paix et la stabilité au Moyen-Orient» et «aider les différents acteurs à commencer à mener des échanges normaux avec l'Iran».
La Syrie s'est félicité de l'accord «historique qui garantit les intérêts du peuple iranien frère et reconnaît son droit à l'usage pacifique de l'énergie nucléaire».
Enfin, le président américain, Barack Obama, a qualifié de «première étape importante» l'accord de Genève, tout en soulignant que «d'énormes difficultés» persistent dans ce dossier. Selon lui, cet accord «barre le chemin le plus évident» vers une bombe atomique iranienne. «Pour la première fois en presque une décennie, nous avons arrêté les progrès du programme nucléaire iranien, et des volets cruciaux du programme seront annulés», a-t-il déclaré.
Source : Al-Ahednews
Comments