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Par Samer R. Zoughaib

L’armée syrienne et leurs alliés ont enregistré une progression rapide et fulgurante à l’est d’Alep, barrant la route aux troupes turques et à leurs milices supplétives syriennes.  

L’Armée syrienne barre la route aux Turcs à l’est d’Alep

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a déclaré, mardi 28 février, qu’après la prise d'Al-Bab, le prochain objectif de l’armée turque et de ses milices syriennes supplétives, regroupées au sein du «Bouclier de l’Euphrate», est Manbij, à 50 km à l'est d'Al-Bab. Mais les développements militaires rapides à l’Est d’Alep risquent de compromettre les plans turcs et d’imposer une nouvelle donne dans le Nord et le Nord-est de la Syrie.

En effet, l’Armée arabe syrienne (AAS) et ses alliés ont reconquis, lundi, le village de Job al-Khafi, ce qui leur a permis d’arriver aux abords des localités de Oum Khazra et Houta, contrôlées par les «Forces démocratiques syriennes» (FDS), essentiellement composées de combattants kurdes des «Unités de protection du peuple kurde» et de membres de tribus arabes du Nord et du Nord-est de Syrie.

En quelques jours seulement, l’armée syrienne a chassé les terroristes de «Daech» d’une trentaine de localités à l’est d’Alep, reprenant le contrôle de près de 700 km carrés. Ces développements interviennent après l’occupation par l’armée turque de la ville d’al-Bab, dernier bastion du groupe terroriste «Daech» dans la province d’Alep. La prise d’al-Bab a permis à la Turquie d’empêcher la jonction entre les forces kurdes de l’est et de l’ouest de la Syrie (Efrin), et le contrôle d’une bande de plusieurs centaines de kilomètres le long de la frontière syro-turque.

L’armée turque stoppée

L’avancée de l’armée syrienne à l’est d’Alep est extrêmement importante car elle mélange les cartes dans cette région, qui cristallise toutes les ambitions des acteurs externes en Syrie. En arrivant jusqu’aux régions contrôlées par les FDS, l’armée syrienne bloque toutes les voies susceptibles d’être empruntées par l’armée turque et le «Bouclier de l’Euphrate» pour continuer leur progression vers le Sud, en direction de la ville de Raqqa. Un autre objectif de l’AAS est d’arriver aux rives du lac Assad, pour contrôler ce site stratégique et réalimenter ainsi la ville d’Alep, privée d’eau depuis un mois et demi par «Daech».

Le plus important est que la prouesse militaire de l’AAS et de ses alliés donne un coup de frein à l’expansionnisme turc en territoire syrien. Si l’armée turque veut continuer à avancer vers le sud, elle devra se heurter à l’armée syrienne. Si elle veut prendre Manbij, comme l’a encore dit Erdogan mardi, elle devra affronter les FDS. Or dans les deux cas, les scénarios sont très risqués pour Ankara.

Si La Turquie décide de s’attaquer à l’armée syrienne, il s’agira au regard du droit international d’une agression pure et simple, difficile à défendre et à justifier même par ses alliés. Plus grave encore, cela risque de compromettre le processus de normalisation entamé par Erdogan avec la Russie, laquelle soutient militairement l’ASS et ses alliés. D’ailleurs sur le terrain, l’armée turque a fait preuve d’une grande incompétence, et il lui a fallu deux mois et 70 morts dans ses rangs pour pouvoir prendre al-Bab. Elle n’aurait sans doute pas réussi si «Daech» n’avait pas été encerclé au sud par l’AAS et ses alliés.

Les FDS, alliées de l’Amérique

Concernant les FDS, la Turquie n’ose pas les attaquer directement car elles sont soutenues par les Etats-Unis, qui déploient quelque 300 militaires des forces spéciales aux côtés des Kurdes. Déclarer la guerre aux FDS équivaut à s’en prendre au principal levier américain sur le terrain syrien.

L’armée syrienne et les FDS ne sont pas encore entrés en confrontation, car leur priorité commune est de stopper l’avancée de l’armée turque en territoire syrien. Mais cela n’en fait pas pour autant des alliés. Car la relation entre les FSD et les Américains va poser à terme un réel sujet de friction. De plus, les FDS ont considérablement renforcé leurs relations, ces derniers temps, avec les Emirats arabes unis, par l’intermédiaire de l’ancien haut responsable du Fatah, Mohammad Dahlan, considéré comme l’homme des Emirats. En outre, les velléités fédéralistes des Kurdes se heurtent à la détermination de l’Etat syrien à préserver l’unité, l’intégrité territoriale et la souveraineté de la Syrie.

Toutes ces complications font que les enjeux dans le nord syrien sont cruciaux pour la suite des événements, surtout si le plan présenté par le Pentagone au président Donald Trump prévoit l’établissement de zones d’influences, sous l’appellation de «régions sécurisées». A ce stade de la crise, les masques tomberont et la confrontation sera directe entre les armées des différents pays impliqués dans la crise syrienne.

Source : French.alahednews

 

 

01-03-2017 | 09:21
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