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   Par Samer R. Zoughaib

La visite au Liban de la présidente du Front national et candidate à la présidentielle en France, Marine Le Pen, lui a permis de faire un apprentissage des relations internationales et de soulever des questions qui sont au cœur du débat public français.

Marine Le Pen au Liban: bilan d’une visite controversée.

Marine Le Pen revient de sa visite libanaise avec une balance excédentaire. Dans la logique des pertes et profits, la présidente du Front national (FN) peut se prévaloir d’avoir engrangé des gains à presque tous les niveaux, ce qui lui permet de dire que sa visite était un succès.

Boycottée et ostracisée par tous les dirigeants européens et la plupart des dirigeants du monde, elle a pris sa revanche au Liban, en endossant les habits d’une femme politique de calibre international. Certes, Michel Aoun l’a reçue dans un grand salon du Palais de Baabda, alors qu’Emmanuel Macron, lui, avait été accueilli dans l’intimité du bureau présidentiel. Mais cette nuance subtile n’occulte pas l’essentiel, qui est que Marine Le Pen s’est entretenue, pour la première fois, avec un président de la République en exercice. Ses rencontres avec le Premier ministre, Saad Hariri, le Patriarche maronite Béchara Raï, et le chef des Forces libanaises, Samir Geagea, renvoient d’elle l’image d’une candidate capable d’ouvrir des portes et de discuter de sujets qui font l’actualité dans le monde.

La question des réfugiés

Parmi ces questions figurent essentiellement la guerre en Syrie et la tragédie des réfugiés qui en résulte, un sujet sensible en France et en Europe, à cause de la crise des migrants. Dans ce contexte, Mme Le Pen a déclaré que la crise des réfugiés est «lourde pour le Liban, car elle entraîne des difficultés.» Selon des sources informées, elle aurait appuyé lors de ses entretiens la demande des autorités libanaises de renvoyer chez eux les réfugiés originaires de régions où les combats ont cessé, afin d’alléger le fardeau supporté par le Liban, qui accueille sur son sol 1,2 millions de réfugiés, soit le quart de sa population.

Mme Le Pen a aussi évoqué la nécessité de lutter contre «le fondamentalisme musulman», un thème central du débat électoral français. Elle a aussi tenu à marquer sa rupture avec la diplomatie de son pays, en exprimant un soutien indirect au président syrien Bachar al-Assad, dans sa guerre contre le terrorisme. Elle a expliqué, après un entretien avec Saad Hariri, que dans sa vision (de la crise syrienne), qui résulte d’un «choix binaire», la présence du président Assad à la tête de la Syrie représente «une solution bien plus rassurante pour la France qu’une éventuelle victoire des terroristes de l’«Etat islamique».

Ces prises de positions lui ont valu un communiqué publié par le bureau du Premier ministre: «L’erreur la plus grave serait l’amalgame entre islam et terrorisme. Les Libanais et les Arabes, comme la majorité du monde, considèrent que la France est la patrie des droits de l’homme et de l’Etat républicain qui ne fait aucune distinction ethnique, religieuse ou de classe entre ses citoyens».

Stratégie de dédiabolisation

Marine Le Pen connait certainement l’avis de M. Hariri sur ces questions, qui est à l’opposé du sien, et elle ne se faisait aucune illusion sur sa capacité à le convaincre de la justesse de sa vision. Pour la présidente du FN, le seul fait de rencontrer la plus importante personnalité politique sunnite du Liban, et d’être photographiée en sa compagnie, est un succès. Cela fait partie de sa stratégie de dédiabolisation et montre aux six millions de français musulmans qu’elle est reçue par des figures du sunnisme, comme ce fut le cas en 2015 lorsqu’elle a rencontré le cheikh d’Al-Azhar.

Mais pour ne pas décevoir son électorat traditionnel, Mme Le Pen s’est vite rattrapée en refusant de porter le voile pour rencontrer le mufti Abdel Latif Deriane. Aussi incomprise qu’elle puisse l’être dans certains milieux libanais, son attitude à Dar al-Fatwa jouit du soutien d’une large majorité de l’électorat français, aussi bien de droite que de gauche.

Par ailleurs, en affichant son intérêt pour la stabilité et la sécurité du Liban, la présidente du FN espère attirer une catégorie bien déterminée de l’électorat. Non pas les 17000 Français et Libano-français inscrits sur les registres du consulat de France à Beyrouth, qui ne pèsent pas lourd dans la balance, mais les dizaines de milliers de français d’origine libanaise.

En plus de tous ces objectifs, la visite de Mme Le Pen avait un but non déclaré: se constituer des réseaux au Liban pour obtenir un soutien financier à sa campagne. Les richissime Libanais sont en effet connus pour participer au financement de campagnes électorales et de candidats dans de nombreux pays. L’homme d’affaires Gilbert Chaghouri était, par exemple, l’un des financiers de la candidate démocrate à la présidentielle américaine, Hillary Clinton. Le businessman Fouad Makhzoumy se montre très généreux avec le parti conservateur en Grande-Bretagne etc…

En effet, la loi française sur le financement des campagnes électorales permet aux candidats de recevoir des dons de particulier allant jusqu’à 7500 euros.  

Même les détracteurs de Mme Le Pen estiment que sa visite au Liban est plutôt un succès. Et ce n’est peut-être pas une coïncidence qu’au lendemain de son déplacement beyrouthin, son chef de cabinet ait été inculpée pour recel d'abus de confiance dans l'enquête sur des soupçons d'emplois fictifs au Parlement européen.

Source: french.alahednews

23-02-2017 | 09:43
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